PetiteFille et le Père Noël

Dans quelques semaines, Noël sera là. Et je m’interroge. Quelles valeurs, quelles traditions voulons-nous transmettre à PetiteFille ? Pourquoi celles-là ? Et pour le Père Noël alors ? Cette réflexion engagée avec Papa l’an dernier, se poursuit à la veille du deuxième Noël de PetiteFille.

Le temps de Noël a toujours été pour moi une période de fête, de lumière, de pâtisseries et de retrouvailles en famille. Mes souvenirs sont faits de la délicieuse attente et des portes du calendrier à ouvrir, de la recherche du cadeau idéal et du plaisir de voir sourire son destinataire, de la décoration du sapin et de la table, de l’odeur du houx et du pain d’épices et bien sûr de l’histoire des « Santons de Provence » sur le vieux vinyle de mon père.

Faisant fi de la distance, nous serons cette année encore en France, auprès de ceux qui nous sont chers. Et je souhaite sincèrement que PetiteFille, malgré son jeune âge, enregistre en son cœur un peu de cette magie et de ce bien-être familial.

Cependant et au delà des aspects familial et, personne n’est dupe, marketing, Noël est également un évènement sociétal. C’est ce point qui me pose aujourd’hui le plus question. Une bonne part de l’humanité connait et célèbre Noël à sa manière. Deux inconnus peuvent supposer que chacun d’eux connait et applique à peu près les mêmes codes reliés à cette fête. Il en va de même pour les enfants. Quel parent n’a pas vu son bambin abordé par un parfait inconnu d’un « Et toi, petit ? Tu as été sage ? Le Père Noël va passer ? » ?

Hormis le fait que ce genre d’intervention non désirée et franchement envahissante m’horripile, il me faut bien reconnaitre qu’elle soulève la sempiternelle question du Père Noël. Cet homme grassouillet, tout de rouge vêtu, apportant en traineau volant des joujoux aux enfants sages, fait partie intégrante du folklore de la fin d’année. Mais voila, il me gène.

Ce personnage relève du conte, de la légende, du folklore, du mythe. Il a beau être jovial et sympathique, il n’en est pas moins aussi irréel et imaginaire que la Petite Souris ou les farfadets. Alors pourquoi vouloir de toute force, faire entrer dans la tête de nos chérubins qu’il existe pour de vrai de vrai ?

Croire au Père Noël fait se développer l’imaginaire ? L’imaginaire de qui d’abord ? « Dans les pays anglo-saxons, Noël est un vieillard caduc, couvert de neige, qui porte dans un panier énorme les jouets aux enfants, en entrant réellement la nuit dans leur maison. Mais comment ce qui est le fruit de notre imagination pourrait-il développer l’imagination des enfants ? Nous seuls imaginons et non eux, ils croient, ils n’imaginent pas. […] Est-ce la crédulité que nous voulons développer chez nos enfants ? […] C’est nous qui nous divertissons de la fête de Noël et de la crédulité de l’enfant » Maria Montessori.

Nos enfants n’ont pas besoin que nous leur imposions notre imaginaire. Ils sont tout à fait capables de servir le thé dans une dinette ou de se prendre pour un super-héros sans notre aide. Je ne souhaite pas que PetiteFille soit parasitée par mes croyances. Je ne souhaite pas plus lui mentir. Oui, je lui parlerai du Père Noël. Au même titre que je lui parlerai des licornes ou des gnomes. Comme d’une belle histoire, d’un mythe ou d’une parabole. Si elle veut y croire le temps d’un jeu ou plus longuement, très bien. Mais jamais je ne pourrais la regarder dans les yeux et lui affirmer « Mais si, chérie, il existe et il va venir ! ».

Ou pas, d’ailleurs. Et c’est bien là l’intérêt parental du bonhomme. « Si tu n’es pas sage, il ne viendra pas, et pas de cadeaux ». Houuu le beau chantage ! Et la magie de Noël, elle est où, là ? PetiteFille est encore jeune, c’est certain. Mais je refuse de la manipuler ainsi. Je refuse d’avoir besoin de cette autorité extérieure toute puissante pour … pour quoi déjà ? Pour qu’elle soit sage ? Qu’elle obéisse ? Qu’elle soit craintive ? Non, je refuse d’imposer sur sa jeune vie une telle emprise. Et pour lui enseigner quelles valeurs ?

Je souhaite que son esprit soit libre, qu’elle soit capable de relativiser ce qu’elle entend, qu’elle sache faire la part du vrai et du faux, qu’elle sache reconnaitre et éviter les pièges et les faux-semblants, qu’elle devienne une adulte bien dans sa tête. Et pour l’accompagner dans cette voie, je lui mentirai ? A elle ? Ma toute petite qui croit dur comme fer que sa maman est à la fois omnisciente et omnipotente ? Qui me fait totalement confiance jusqu’à s’endormir dans mes bras malgré la foule ou le bruit ? Non, très peu pour moi.

Je suis présente pour accompagner PetiteFille dans son évolution. Pour la soutenir et l’aider à progresser. Pour répondre à ses questions et l’inciter à en poser davantage. Pour m’émerveiller devant ses découvertes, ses jeux et son imaginaire. Pour lui ouvrir mes bras et l’y accueillir en toute confiance. C’est mon rôle. Celui de Maman.

C’est décidé, ma fille ne rencontrera pas le Père Noël.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *